Blogueur ou communicant ?

Peut-on s’improviser blogueur ? Oui sans doute. On a tous eu envie d’écrire à un moment ou un autre de notre vie, sur un sujet intime ou pas, pour partager une passion ou une expérience, pour défendre une cause ou des idées… Le blog offre alors un moyen de nous exprimer en illimité. Écrire devient facile, enrichissant et révélateur. Ou pas…

L’expérience se passe alors plus ou moins heureusement, en fonction de la ligne éditoriale et de notre talent.

Pour les plus chanceux, ceux qui brassent des visites, des commentaires, l’envol peut être étourdissant. Mais écrire pour soi (et parler de soi) ce n’est pas la même chose que d’écrire pour les autres, pour une entreprise…

Un bon blogueur se reconnait à sa plume. Il doit savoir écrire, bien écrire. Un sujet peut être on ne peut plus intéressant, s’il est mal traité, si le billet est creux, mal rédigé, bourré de fautes ou de non sens il n’attirera pas les foules. Le blog aura beau être intéressant de par le sujet, si le talent n’est pas au rendez-vous, point de lectorat. Et ce qui est valable à titre personnel l’est tout autant à titre professionnel entraînant irrémédiablement une mauvaise image publique de la marque (voyez par vous-même comment les bourdes publicitaires ou journalistiques des uns et des autres sont relayées et moquées sur Twitter et ailleurs !).

Bien écrire est donc la qualité première du blogueur qu’il soit pro ou non.

Le style de la plume est aussi important que son tracer. Quand l’encéphalogramme est plat et ne crépite pas, le lecteur quitte la place. Rien que de plus subjectif me direz vous… à chacun son style, on aime ou on n’aime pas. Ce style, ne n’oublions pas, vous est propre, il est inné, il va avec votre personnalité, il s’accorde avec votre sujet (forcément puisque vous parlez de vous et de ce qui vous passionne). Mais alors que se passe-t-il lorsque votre style est votre marque de fabrique ? Les lecteurs vous lisent parce qu’ils aiment ce style, mais vous liront-ils ailleurs et autrement ? Prenez le style des articles de Cosmo, humour décalé et dérision. Transposez ce style sur un média de BP… ça jure hein ? Alors que faire de ce style qui vous va si bien ? Faut-il le laisser au vestiaire de l’entreprise pour laquelle vous bloguez ? C’est une décision à prendre en commun avec l’entreprise. De deux choses l’une, soit vous avez été recruté pour (et à cause de) lui et celui-ci vous suit sur ce nouveau blog professionnel, cas idéal. Soit vous êtes un blogueur caméléon et vous vous adapterez, et là c’est vous qui êtes idéal ;-)

La seconde qualité du blogueur est à mon sens sa capacité à s’adapter à l’environnement, au moment, au sujet, au public…

Il est essentiel aussi que le blogueur connaisse l’entreprise pour laquelle il blogue pour adhérer à sa philosophie, à son environnement, à son cœur de métier. Pas facile quand on est un pion extérieur, l’immersion sera certainement longue, avec un long travail de recherche, d’écoute, d’observation et de persévérance. D’autres qualités bien utiles.

Toutes ses qualités suffisent-elles pour autant à faire un (bon) blogueur professionnel ? Ne manque-t-il pas la qualité première de quelqu’un qui communique au nom d’une entreprise ? communiquer ? communicant ? Une notion trop souvent oubliée… Il fut un temps où seuls des communicants de métier communiquaient… L’expertise des mots, de l’image, de la marque, de la stratégie (…) autant de notions utiles pour discourir sur l’entreprise. Même si ce statut professionnel, et l’expérience qui va avec, ne met pas à l’abri d’une erreur de stratégie, n’empêchent pas le faux pas…

Savoir écrire et avoir un style sont nécessaires, mais être un communicant est essentiel, primordial. On ne s’improvise pas blogueur pro parce qu’on a blogué auparavant pour soi, même si on a eu du succès. Une stratégie de communication ne s’improvise pas, les mots ne s’inventent pas…

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  2 comments for “Blogueur ou communicant ?

  1. 17 juin 2010 at 15:33

    Bonjour,

    Merci pour cet article !

    2 remarques :
    – à la fin du 1er paragraphe, l’opposition blogueur pro/privé est un peu caricaturale ; on peut faire passer une message professionnel avec un minimum d’intimité (pas autant que pour du privé mais quand même)…
    – J’ai eu du mal à comprendre le sens que vous accordez à « communication ». Etre communicant, comme vous le dites à la fin, n’est pas savoir s’adapter à la stratégie, au support ?

  2. Corpor@tementNous
    17 juin 2010 at 18:00

    Bonjour Pierre ! et merci beaucoup !

    Pour moi, bloguer pour soi ou pour un tiers est complétement différent. Le « moi, je » du blog perso devient « nous » du blog pro, l’un s’effaçant au profit de l’autre. Le public et les enjeux ne sont pas les mêmes et la notion de bloguer pour un tiers me semble importante.
    En revanche tout à fait d’accord pour « humaniser » le discours (je préfère humaniser à intimité), c’est même le but premier d’un blog : humaniser l’entreprise. Mais humaniser ne veut pas dire mettre de soi (trop de soi) il faut savoir s’effacer pour laisser place à l’image d l’entreprise. Parler au nom d’une entreprise implique forcément l’abnégation de soi.
    Quant à « communication », je voulais juste dire que si des études de communication d’entreprises existent c’est pour une bonne raison. Mais ne restons pas sur la notion d’étude, une expérience peut être tout aussi parlante. Pour moi, un blogueur d’entreprise doit avoir un minimum de culture de communicant (au sens travaillant dans la communication)
    Je prends pour exemple le cas d’un cuisinier qui blogue sur sa passion. Un blog perso sur lequel il balance ses humeurs, ses découvertes, ses recettes… un partage très personnel de sa passion. Peut-il pour autant prétendre à devenir le blogueur attitré d’un grand restaurant du guide Michelin ? Maitrisera-t-il tous les enjeux stratégiques de la communication de l’entreprise qu’il représentera ? Comment gérera-t-il un état de crise par exemple ?
    Je pense que bloguer, même avec succès, ne suffit pas… la communication est un métier non ?

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