Syrie : diffuser l’information tue, la viralité selon RSF

Je crois que je suis les actions de Reporters sans Frontières (RSF) depuis leur création. J’ai souvent admiré leur travail, j’ai suivi chaque fois que possible leurs opérations « secrètes » et j’ai frissonné à chacune de leurs prises de risque. Pourquoi Reporters sans Frontières ? Parce que je suis très, très attachée à la liberté d’expression, partout et toujours.

We Fight Censorship, le nouvel « abri anti-censure » de RSF

RSFComme tout le monde, j’ai observé leur mutation, du simple reportage caméra au poing au très malin « abri anti-censure ». Les méthodes de communication et de transmission ont changé, RSF se sont adaptés et ont usé de toutes les ficelles à leur avantage.

Avec les évènements en Syrie et dans les pays du Maghreb, tout s’est accéléré. De plus en plus de gouvernements interdisent la presse, censurent l’information. Cela se passe inévitablement dans la violence, entre arrestations, emprisonnements, tortures, disparitions et assassinats…

Mais du côté de l’information, aussi, tout s’est accéléré, avec la participation du citoyen à sa diffusion (netcitoyens), avec les nouveaux moyens (réseaux sociaux, blogs) et donc la vitesse de transmission. Aujourd’hui, l’information n’est plus uniquement journalistique, elle vient des blogueurs, des étudiants, des opposants « libres », des témoins… elle passe par Twitter, FaceBook et bientôt par We Fight Censorship.

We Fight Censorship est le nouvel « abri anti-censure » de RSF, un espace parallèle de diffusion garantissant l’anonymat de ceux qui transmettent l’info dans un process sécurisé. Une nouvelle façon de lutter contre le filtrage d’Internet de certains pays. Une nouvelle tribune libre 2.0. Intéressant d’observer RSF se rapprochant des hackers pour tester leur projet ou encore développer une toile de sites miroirs pour rester debout à chaque attaque.

En #Syrie, diffuser l’information tue, une campagne virale réussie

Après l’annonce de la création de We Fight Censorship en fin de semaine dernière, RSF frappent encore un grand coup aujourd’hui : les abonnés à la NewsLetter ont reçu un mail… Et ce mail n’était pas comme les autres…

D’abord le titre du mail « En #Syrie, diffuser l’information tue » avec en gros plan le symbole propre à Twitter : le hashtag* (ou #) un marqueur bien connu des Twitterriens, ici posé en l’occurrence sur #Syrie. Un # que l’on retrouve d’ailleurs, couleur rouge sang, comme favicon* de la page Web hébergeant la photo.

Ensuite la photo justement… J’ai dit gros plan pour le hashtag ? Ce n’était rien à côté de la photo… sa taille et sa violence marquent à coup sur ! Une main, celle d’un homme sans vie. La balle usagée d’une arme. Du sang. Et un smartphone.
Sur le smartphone, un QR Code*. Il s’agissait donc de capturer le QR Code et de le faire parler… Sous le QR Code, à nouveau, un hashtag : #DeadTweet (tweet* mort)

RSF

J’avoue que, déjà à ce moment-là de l’expérience, je suis un tantinet chamboulée… Flash du QR Code. RSF prend possession de votre smartphone… Défilent alors sous nos yeux plusieurs statuts d’un dénommé @FreeSyria2424 qui livetweet* depuis une manifestation à Homs des statuts prenants, angoissants, des photos de manifestants… Ils apparaissent un par un… comme si on y était…

Pour ceux qui n’ont pas de smartphone pour décrypter le QR Code voici la retranscription des statuts :

RSF Twitter[…] suis dans une manifestation à Homs
la milice du régime est présente
la tension est palpable
On nous encercle
Ils chargent, ça tabassent, très violent
Lacrimo, bâtons, c’est la panique générale
Homme en sang à nos pieds
Des manifestants essaient de l’extraire du cortège
Le monde doit savoir ce qu’il se passe ici ! please RT*
Ils m’ont vu prendre des photos, ils s’approchent
Quelqu’un a essayé de jeter mon portable par terre
Suis planqué dans un immeuble, suis repéré
J’entends des tirs, des cris
Ils me cherchent
Sont entrés
Sont plusieurs
Pour la Syrie libre RT* ! ils vont…

S’ensuit la simulation d’un écran explosant sous l’impact d’une balle et enfin le message que voulait faire passer RSF.

Il faut quelques secondes pour reprendre ses esprits tant l’animation semble réelle. Le temps de partager sur Facebook et/ou sur Twitter… La viralité est acquise ! Puis vous fouillez, pour en savoir plus…

RSF TwitterD’abord en savoir plus sur @FreeSyria2424. Rien, Le pseudo n’existe pas sur Twitter. Petite déception… ils auraient pu pousser jusqu’à créer ce compte 🙁 Quelques clicks sur l’interface de l’animation : pour amplifier ce phénomène de réalité, RSF a été jusqu’à recréer l’environnement d’une interface Twitter. En cliquant sur l’icône qui permet d’arriver sur son propre compte, on arrive sur le compte de @NetCitoyen. Tout un symbole ! Mais là aussi, le compte n’existe pas… dommage. Quant aux mentions*, on y retrouve un tweet de remerciement de @rsf_rwb à @netcitoyen pour ton aide précieuse 😉

Un dernier petit click pour découvrir l’emblème même de Twitter… mort… un symbole fort là encore !

Reporter sans Frontières a réussi sa campagne virale ! Une expérience numérique courte et impactante, un usage du QR Code original qui pourrait bien se révéler un outil redoutable de diffusion de l’information.
Bravo à Reporters sans Frontières !

Et pour reprendre un vieux slogan : « n’attendez pas qu’on vous prive de l’information pour la défendre » RSF 2007

 

Mes petites étoiles pour ceux qui ne maîtrisent pas les geekeries d’ici :
*hashtag : clickez sur le mot marqué par le hashtag et vous suivrez toutes les conversations rattachées à ce mot
* QR Code : sorte de code barre carré en 2 dimensions qui stocke des infos numériques, des contenus, révélés en flashant le dessin avec un smartphone
* Tweet : message de 140 caractères diffusés sur Twitter
* LiveTweet : émettre des statuts en live. Instantanés d’un évènement souvent
* RT : le fait de ReTweeter, partager le tweet avec sa propre communauté
* Favicon : petit logo qui personnalise l’url dans la barre d’adresse
* Mentions : les tweets qui vous sont adressés personnellement

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